Au Québec, tout comme en France, seules deux professions sont autorisées et habilitées à vendre des médicaments vétérinaires : les vétérinaires et les pharmaciens.

Avant 1950, les pharmaciens étaient les seuls à avoir ce droit. Mais vers 1950, l'office des professions autorise le vétérinaire à acheter des médicaments, à réaliser des préparations magistrales et à les vendre aux clients.

En 1990, les pharmaciens se plaignent du laxisme de certains vétérinaires, et réunissent une commission. Pour garder le droit de vendre les médicaments vétérinaires, les praticiens doivent se plier aux mêmes règles que les pharmaciens : ordonnances et étiquetage des médicaments obligatoires.

Avant cette date, il y avait des vendeurs itinérants, qui n'étaient ni pharmaciens, ni vétérinaires, et dans les petshops, on s’ achetait sans soucis des vermifuges, des vitamines... Il était très facile de se procurer des médicaments auprès des compagnies pharmaceutiques.

Après la commission, tout ceci a été mieux contrôlé. Les compagnies pharmaceutiques ne peuvent vendre leurs produits qu'aux pharmaciens, aux vétérinaires et aux meuneries, qui font des aliments médicamenteux.

Photos d'une pharmacie de clinique vétérinaire rurale :

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En rurale, au Québec, il existe un programme de santé animale : l'ASAQ qui a pour but d'améliorer la santé animale. 95% des vétérinaires ruraux adhèrent à ce programme. Le gouvernement prend en charge 40% des frais vétérinaires, les 60% restant sont à la charge de l'éleveur. Le Québec garanti à ses éleveurs l'accès aux soins vétérinaires, quel que soit la région dans laquelle il se trouve : un éleveur qui se trouve à 100km de la clinique vétérinaire la plus proche ne paye pas plus cher que l'éleveur qui est dans la cour du vétérinaire. C'est le gouvernement qui prend en charge la différence. Pour les vétérinaires qui sont dans ce programme, tous les tarifs sont fixés par un contrat entre les représentants des vétérinaires, les représentants des éleveurs (UPA, union des producteurs agricoles) et le gouvernement.

Ci dessous une facture/ordonnance faite sur une exploitation par le vétérinaire. On peut voir la prise en charge de 40% des frais par le gouvernement :

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Les actes sont au tarif horaire, (sauf pour les chirurgies abdominales correctrices : caillette, hernie, abcès ombilical et césarienne, qui sont payées à l'acte). Actuellement le gouvernement paye 40% de la facture, mais prochainement, il ne devrait plus financer que 35% de la facture.

Tous les médicaments sont vendus aux même prix par les vétérinaires ruraux de l'entente. La marge de profit sur les médicaments n'est que de 25%.

Le fait que tous les prix soient ainsi fixés évite les guerres de prix entre vétérinaires, garanti à l'éleveur un accès aux soins à un coût correct, assure aux vétérinaires 40% de leurs honoraires et empêche tout marchandage à la ferme.

Les vétérinaires de l'entente ASAQ achètent tous leurs médicaments au centre de distribution des médicaments vétérinaires : le CDMV, qui appartient au gouvernement. Le CDMV garanti le meilleur prix et la disponibilité des produits. Si un médicament n'est pas disponible au CDMV, ou significativement moins cher ailleurs, le vétérinaire est légalement en droit de se fournir ailleurs.

Le CDMV prend une marge de profit de 6 à 12% sur les médicaments qu'il vend, mais il paye les frais de transport, les frais de retour...

Lorsqu’un laboratoire fait des offres promotionnelles, elles sont reportées par le CDMV sur les ventes aux vétérinaires, où sur les prix facturés aux éleveurs.

Le CDMV ne vend pas seulement des médicaments vétérinaires ruraux. Il vend aussi des médicaments pour la canine, et du matériel vétérinaire (vêleuse, brûleur de cornes...).

Il n'est cependant pas assez à jour sur la partie matériel vétérinaire, et les cliniques se fournissent souvent chez d'autres distributeurs (ex  med'vet dans l'Ontario).

Les laboratoires envoient toujours des représentants dans les différentes cliniques vétérinaires, pour faire la promotion de leurs produits. De façon marginale, ils vendent parfois certains produits directement aux vétérinaires sans passer par le CDMV, ce qui permet aux cliniques d'économiser les 6 à 12% de marge. Cette pratique est à la limite du réglementaire.

Ci dessous photos d'un produit acheté au CDMV, avec le prix fixé par le CDMV et d'un produit non acheté au CDMV :

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Un vétérinaire en rural vend en moyenne pour 100 000 dollars canadiens par an de médicaments (environ 64 000 euros). Une clinique comme Saint-Vallier vend en moyenne pour 1 000 000 de dollars canadiens (environ 640 000 euros).

Les vétérinaires qui travaillent dans les grandes populations animales (aviaire, porcine, vache de boucherie ou veau de lait) sont en général hors ASAQ. Ils achètent en général des grandes quantités de médicaments, et vendent de grandes quantités à leurs clients. C'est plus intéressant pour les éleveurs dans ces domaines d'avoir de bons prix sur les produits qu'ils achètent, quitte à perdre les 40% de subvention par l'état.

La vente de médicaments se fait sous ordonnance vétérinaire, qui implique qu'une relation vétérinaire-client-patient ai été établie. Dans ce cadre, le vétérinaire peut prescrire une ordonnance pour un animal qu'il n'a pas vu. Une relation-vétérinaire-client-patient n'est établie que si : 

-le vétérinaire possède une connaissance suffisante de l'animal ou des animaux, de leur état et de leurs conditions de vie.

-le vétérinaire possède une connaissance suffisante de la prévalence ou de la fréquence des conditions pathologiques dans le troupeau.

-lorsque le vétérinaire juge que le propriétaire ou le gardien des animaux a acquis la compétence nécessaire pour suivre adéquatement ses directives.

-lorsque le client accepte de suivre fidèlement les directives du vétérinaire -lorsque le vétérinaire est disposé à assurer le suivi.

-lorsque le vétérinaire est en mesure d'assurer un service vétérinaire d'urgence dans un délai raisonnable si applicable au type d'élevage et de pratique en cause.

-lorsqu'il existe un climat de confiance entre le vétérinaire et son client.

La relation vétérinaire-client-patient s'applique aussi à tous les vétérinaires d'une clinique ayant une connaissance du dossier 

Au Québec, les vétérinaires ont le droit de délivrer des médicaments sous la prescription d'un confrère, sans connaître ni avoir vu l'animal.

En rurale, il existe deux groupes : un de 2 pharmaciens, et un autre, de quelques vétérinaires sur Saint-Hyacinthe qui se sont spécialisés dans la délivrance de médicaments vétérinaires, sur ordonnance d'autres vétérinaires. Ces groupes, hors ASAQ, achètent aux compagnies pharmaceutiques de grands volumes et obtiennent de bons prix. Ils reçoivent les ordonnances par fax et livrent les médicaments aux éleveurs. Pour des petits volumes de médicaments, ils ne font pas de guerre de prix. Certains éleveurs demandent à leur vétérinaire des ordonnances de gros volume, pour traiter tous les animaux sur toute l'année, et se fournissent chez un de ces groupes. Tous les vétérinaires n'acceptent pas de faire ce genre d'ordonnance, pour pouvoir garder un contrôle sur l'utilisation des médicaments dans les fermes.

La vente de médicaments au Canada est contrôlée. L'utilisation d'antibiotiques de troisième génération doit être justifiée (par des analyses de laboratoires, ou un historique de troupeau avec des échecs de traitement rapportés..) et moins d'antibiotiques sont disponibles en médecine vétérinaire, pour limiter les antibiorésistances. Il y a de nombreux contrôles de résidus à l'abattoir. Les animaux qui sont de taille trop, ou anormalement petite sont systématiquement contrôlés : on fait des tests sur les reins, puis sur la viande. Les carcasses ne sont libérées que quand le résultat est négatif. Sur les carcasses de taille normale, il y a un système de test aléatoire.  Si un résidu médicamenteux est trouvé sur une carcasse, la ferme dont provient l'animal est contrôlée avec les vétérinaires, pour comprendre ce qu'il s'est passé, et sensibiliser l'éleveur. Depuis 5, 6 ans, les éleveurs, les vétérinaires et  les abattoirs sont vraiment bien sensibilisés à cela.

Ci dessous, la pharmacie d'une clinique vétérinaire pour petits animaux

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En petits animaux, les cliniques fonctionnent souvent avec le CDMV, mais c'est uniquement un distributeur : les cliniques fixent les prix de vente qu'elles veulent. Les marges de profit sont très variables d'un produit à l'autre, et fonction du prix d'achat du produit. Plus un produit est cher, moins la marge de profit est importante, et inversement. Les marges sont plus importantes qu'en rurale, elles peuvent être de 200% sur certains produits.

Ils ne peuvent faire des ordonnances que pour des animaux dont ils ont le dossier et qu'ils traitent. Ils peuvent vendre des médicaments sur ordonnance faxée d'un confrère.

Les vétérinaires chargent souvent des frais de prescription.

Le déconditionnement des médicaments est permis : le vétérinaire vend le nombre exact de cachets nécessaires au traitement, mais sur l'étiquette sont notés le nom du médicament, sa concentration et la date de péremption.