La fin de l'aventure
Malheureusement, cette aventure se termine. Je présente ma thèse aujourd'hui, à 17h30 à l'école vétérinaire de Lyon. Elle s'intitule "Contribution à une étude comparative de la formation et de l'exercice professionnel vétérinaires en Bolivie, au Québec, en Nouvelle-Zélande, au Vietnam, en Finlande et au Mali, à partir de stages et d'interviews réalisés dans ces différents pays".
Je tiens à remercier tous les vétérinaires qui m'ont accueuillie partout dans le monde. Cela a été une expérience extraordinaire, sur le plan humain et professionnel.
Merci aussi à tous mes lecteurs pour leur soutien et leurs petits messages tout au long de mon périple !
Peut être à bientôt, pour une prochaine aventure ?
XXX
Mathilde
La distribution des médicaments vétérinaires au Mali
Le Mali est un grand pays d'élevage. (effectif du cheptel : 8,385 millions de bovins, 10 millions d’ovins, 14 millions de caprins, 33 millions de volailles, 869.000 camelins et 393.000 équins). Cet élevage est confronté à des problèmes sanitaires majeurs : des épizooties y sévissent comme la fièvre aphteuse, la péripneumonie contagieuse bovine, les charbons symptomatique et bactéridien, les pasteurelloses ovine et bovine, la dermatose nodulaire contagieuse bovine, la peste des petits ruminants, la variole aviaire et la maladie de Newcastle....
Et le cheptel est aussi très touché par les parasites, notamment les parasitoses gastro-intestinales et les parasitoses sanguines dont les trypanosomes.
Des programmes de prévention et de lutte contre les maladies ci-dessus citées sont élaborés et mis en œuvre par les Services Vétérinaires en collaboration avec les vétérinaires privés.
La chimiothérapie et la chimioprévention sont largement utilisées dans la lutte contre les maladies animales. Les médicaments vétérinaires utilisés couramment dans le traitement des maladies animales sont les antibiotiques (essentiellement les oxytétracyclines), les trypanocides (diminazène et isométhamidium), les produits contre les parasitoses gastrointestinales (albendazole, oxfendazole) et les ectoparasitoses (ivermectine, cypermétrine et amitraz).
Pour tenter de mieux contrôler l'importation, la distribution et l'utilisation de ces produits vétérinaires au Mali, un ensemble de lois assez récentes et semblables à ce que l'on peut trouver en France a été voté.
( - Décret N°66/PG-RM du 11 Mars 1985 fixant la nomenclature des médicaments essentiels pour la protection sanitaire du Mali.
Loi N°01-062 du 04 Juillet 2001 régissant la pharmacie vétérinaire.
Décret N°01-341/P-RM du 09 Août 2001 fixant les modalités d'application de la loi N°01-062 du 04 Juillet 2001 régissant la pharmacie vétérinaire.
Décret N°01-232/P-RM du 06 Juin 2001 instituant un visa des produits pharmaceutiques.
Arrêté interministériel N°02-1253/MDR-MS-SG du 06 Juin 2002 fixant le détail des modalités d'ouverture et d'exploitation des Établissements pharmaceutiques vétérinaires.
Arrêté interministériel N°05-2440/MS-MEF-MEP/SG du 12 octobre 2005 fixant le taux et les modalités de recouvrement du droit fixe relatif aux AMM des médicaments à usages humains et vétérinaires.
Arrêté interministériel N°05-2203/MS-MEP-SG du 20 Septembre 2005 déterminant les modalités de demande des AMM des médicaments à usages humains et vétérinaires.
Décret N°04-557/P-RM du 01 Décembre 2004 instituant l'AMM des médicaments à usages humains et vétérinaires.)
En théorie, les médicaments vétérinaires et tout ce qui les concerne sont donc très bien encadrés.
Mais en pratique : il existe de très nombreux problèmes pour appliquer ces lois :
Tout d'abord, les textes législatifs ne sont malheureusement pas bien connus par ceux qui devraient contribuer à leur application.
Il y a ensuite un manque de moyens important des services vétérinaires, aussi bien en personnel, qu'en matériel qu'en moyens financiers. Il leur est donc difficile de réaliser tous les contrôles nécessaires. Par ailleurs, la DSV n'a pas vraiment d'autorité sur les privés. S'ils constatent une infraction ils ne peuvent que rarement prendre les mesures pénales nécessaires.
De plus, l'ordre des vétérinaires au Mali est un ordre mixte, qui regroupe les ingénieurs d'élevage et les Dr vétérinaires. Ce n'est pas un ordre qui est fort à l'heure actuelle, ce qui rend la lutte contre l'exercice illégal de la médecine vétérinaire difficile.
Les nombreuses centrales d'achat au Mali ( Siprovet, Pharma vet Koné, Pharma vet keïta, medi vet, pro veto, malivet, canalvet, sahel véto) ont à leur tête en général soit un docteur vétérinaire, soit un ingénieur d'élevage. Ils vendent au général mais aussi au détail.
Il en résulte que la distribution du médicament vétérinaire au Mali est faite dans le plus grand désordre, y compris par des personnes sans la moindre qualification.
La plupart des pharmacies vétérinaires ne sont pas tenues par des docteurs vétérinaires, mais par des ingénieurs en sciences appliquées.
Par ailleurs de nombreux empiriques usurpent le titre de vétérinaire.
La concurrence est effrénée et souvent illégale :
-un réseau parallèle de médicaments importés illégalement, souvent de mauvaise qualité voir faux, et vendus dans les nombreuses pharmacies parterres, aux marchés, à des prix défiants toute concurrence s'est développé. Il nuit aux pharmacies vétérinaires qui vendent les produits ayant reçu l'AMM et ayant été importés légalement.
-Les grossistes-importateurs vendent illégalement au détail leurs produits, a des prix inférieurs à ceux que pratiquent les ayants droits, représentant ainsi une concurrence déloyale.
-De simples commerçants pour leur part vont parfois effectuer des importations massives de médicaments sans AMM et de qualité douteuse, représentant une concurrence aux grossistes importateurs.
Quoi qu'il en soit, les médicaments sont la plupart du temps utilisés en première intention directement par les éleveurs, et souvent à contre emploi. Il n'y a quasiment jamais de prescription.
Les délais d'attente pour le lait et la viande ne sont en pratique jamais respectés. On évite parfois même de les mentionner, car pour les éleveurs, s'il faut jeter le lait ou attendre pour la viande, le produit n'est pas bon.
La situation n'est donc pour le moment vraiment pas satisfaisante, voir même alarmante tant pour la santé animale qu'humaine. Mais les choses vont peut être s'améliorer avec les réformes engagées dans le cadre de l'UEMOA :
Le Mali appartient à l'UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest Africaine, qui compte le Mali, le Sénégal, le Burkina Faso, le Togo, le Bénin, le Niger, la Côte d'Ivoire et la Guinée Bissau).
Dans les états membres, le secteur du médicament vétérinaire a été libéralisé. Cette évolution augmente le risque que les intrants vétérinaires, qui sont à la fois des facteurs de production (enjeux de développement) et des médicaments nécessitant un usage approprié (enjeux de santé publique), circulent dans des conditions ne garantissant pas leur qualité.
La faiblesse des moyens des États membres pris individuellement, a nécessité la mise en place d'un schéma d'harmonisation et de gestion régional pour prendre en compte tous les aspects liés à la surveillance et au contrôle de la qualité des médicaments vétérinaires.
Ainsi la Commission de l'UEMOA a engagé avec l'appui de ses partenaires (OIE, ANMV) une réforme sur l'harmonisation de la réglementation pharmaceutique vétérinaire dans l'espace de l'Union, qui a abouti à l'adoption d'un ensemble de textes communautaires. Cette réforme est fondée sur l'attribution à la Commission de l'UEMOA du pouvoir de décision en matière de réglementation, d'AMM et d'organisation du contrôle de la qualité des médicaments vétérinaires. Les États membres conservent la responsabilité du contrôle de l'importation, des établissements pharmaceutiques vétérinaires, de la distribution des produits et du contrôle effectif de leur qualité.
Cela va-t-il aider le Mali a avoir un meilleur contrôle et une meilleure maîtrise sur la distribution des médicaments vétérinaires ?
En tout cas, les problèmes sont identifiés et connus par le Mali.
Ci dessous : photo appartenant à SPANA, illustrant les mauvaises pratiques de transport des animaux.
Spana, bis
Le travail que réalise SPANA et son investissement pour aider ces familles démunies, m'a motivé à prolonger mon stage avec eux. Pendant ces deux autres semaines, j'ai pu mieux réaliser le réel enjeu de leur travail. Ce n'est pas simplement d'aider les animaux, mais c'est dans une véritable lutte contre la pauvreté et la misère humaine que SPANA s'est engagée.
Pour de nombreuses familles démunies, l'âne représente leur seul richesse, et leur seul moyen de gagner un peu d'argent. Il va permettre le ramassage des ordures, dans le cadre des GIE, ou de ramener le bois qui a été coupé en brousse. Les gens vont aussi s'en servir pour leurs déplacements...
Quand on s'éloigne de la ville et qu'on visite un peu les villages, on comprend bien leur rôle essentiel et vital dans la vie de tous les jours.
C'est l'animal qui fourni le meilleur rendement à ses propriétaires : il coûte environ 150 euros à l'achat, environ 1 euros par jour pour le nourrir, et rapporte entre 4 et 6 euros par jour. Cela permet à une famille de se nourrir et de vivre.
Ces gens sont en général trop pauvres pour pouvoir soigner leur animal. S'il est malade, il est difficile pour eux de le mettre au repos, car c'est le seul revenu de la famille. S'il vient à mourir, la famille retombe dans la misère, car si elle ne peut pas faire de crédit, elle n'a pas les moyens de racheter d'âne.
SPANA, en dispensant des soins vétérinaires et en informant et éduquant les propriétaires d'âne fait vraiment une différence dans la vie de ces gens.
Mes trois semaines avec eux ont été très enrichissantes et formatrices. J'ai pu voir des cas intéressants, notamment de coliques :
Voici un exemple de colique, que nous avons traité avec l'équipe :
C'était un âne qui ne passait plus de crottins, qui était très dilaté par de l'air. Il n'avait pas de bruit digestif, sauf dans le cadran inférieur gauche. Sa fréquence respiratoire était très rapide, et sa fréquence cardiaque dans les limites usuelles. Sa température était dans les valeurs usuelles.
A la palpation transrectale, des crottins très durs et volumineux bloquaient le passage. Après des manipulations, nous avons réussi à sortir ces crottins, qui contenaient de nombreux morceaux de sachets plastiques. Nous lui avons administré de l'ornipural (25cc), du prifinial (8cc) et de la calmagine (10cc). Ces deux derniers produits sont des antispasmodiques, l'un à action lente et l'autre à action forte et rapide. Nous lui avons également administré de l'huile végétale en intra rectale et par voie naso-œsophagienne.
Ci dessous : administration de l'huile végétale.
Nous sommes repassés voir cet âne deux jours après avec le Dr Doumbia. Les bruits digestifs n'étaient toujours pas présents dans tous les cadrans, mais le transit avait repris, et l'âne passait des crottins. Nous lui avons réadministré le même traitement (sans l'huile), et cet âne s'en est sorti.
Ci dessous, palpation transrectale pour vérifier le transit, et administration des traitements.
Quand le propriétaire nous a vu revenir pour voir son âne le surlendemain, il avait un grand sourire, et beaucoup de bonheur dans les yeux. Il était vraiment soulagé que son âne aille mieux, et qu'il soit en bonne voie de guérison. C'était très gratifiant de voir tout ce qu'on lui avait apporté, et cela donne vraiment tout son sens au travail que fait SPANA.
Les cas de coliques par obstruction son fréquents. Ici les animaux sont souvent sur des tas d'ordures, et mangent les sachets plastiques. C'est le cas aussi pour les bovins.
J'ai assisté à une ruminotomie faite par le Dr Doumbia sur un bovin. J'ai été surprise par la quantité de sachets qu'il a sorti du rumen !
Pour les ânes présentant une colique d'obstruction, la chirurgie n'est en général pas réalisée. Les animaux sont souvent déjà trop faibles pour supporter l'intervention. Si l'obstruction est présente depuis un certain temps, il y aura déjà ischémie et nécrose d'une partie du tube digestif, rendant le pronostic très sombre. (il faudrait faire une entérectomie en plus).
Les propriétaires d'âne, même s'ils ne sont pas toujours très tendres avec leur animal, sont toujours très fiers d'eux. En allant sur un dépôt d'ordure, les charretiers ont vu mon appareil photo, et ont tous voulu être pris en photo avec leur âne. Voici donc leurs portraits :
Pendant ces deux semaines j'ai aussi eu l'occasion d'assister à la formation d'un groupe d'enseignants (en biologie, niveau collège) sur le bien être animal. Le but de cette formation est de leur donner les bases pour apprendre à leurs élèves les notions de bien être animal, et ainsi essayer de faire changer un peu les mentalités.
J'ai beaucoup aimé travailler avec SPANA Mali. L'équipe est très sympa, et leur travail très intéressant.
Si cette association vous intéresse, vous pouvez aller visiter leur site (www.spana.org)
Vous pouvez également faire un don pour l'association (si vous souhaitez que votre don soit pour Spana Mali, il suffit de le préciser), car c'est ce qui leur permet de faire tout ce qu'ils font.
Explications
Bonjour à tous,
Ma connexion internet ici me joue des tours, et mes messages ne sont pas correctement envoyés. Je vais devoir attendre mon retour (j'arrive mardi 2 !!) pour envoyer tous mes articles. J'en suis vraiment désolée.
Pas d'inquiétude cependant : je vais très bien, et j'ai continué mon stage avec SPANA. Vous lirez tous ça très prochainement, et je vous dis à très bientôt ! :-)
L'enseignement vétérinaire au Mali
Il n'y a pas d'école vétérinaire au Mali. Les docteurs vétérinaires maliens se forment à l'étranger : pays de l'ex union soviétique (Ukraine, Russie...), Maroc, Algérie, Belgique, France...
Ils sont moins de 300, ce qui est très insuffisant pour assurer un service vétérinaire au Mali, qui est un grand pays comptant par ailleurs le plus grand cheptel d'Afrique de l'Ouest.
L'Institut Polytechnique Rural de Katibougou est un établissement public d'enseignement technique supérieur et de recherche scientifique, formant des cadres supérieurs dans les domaines de l'agriculture, l'élevage, les eaux et forêts.
Il propose deux cycles :
Un cycle technicien : Bac +2 , DUTS (diplôme universitaire technicien supérieur), avec 7 filières (Amélioration des Plantes et Production de Semences (APPS), Productions Horticoles (PH), Productions de Cultures Vivrières et Industrielles(PCVI), Aménagement et gestion des Ressources Forestières et Halieutiques(AGRFH), Aménagement Hydro-Agricole(AHA), Production de Viande(PV)et Production Avicole(PAVI).)
Un cycle ingénieur : DUTS ou DEUG + 3, qui forme des ingénieurs de conception en agronomie, zootechnie, eaux et forêts.
L'annexe de l'IPR, à Bamako, où j'ai eu l'occasion de passer 2 jours, forme les techniciens supérieurs de la filière élevage et les ingénieurs en zootechnie.
Pour répondre à la demande du terrain, les ingénieurs en zootechnie doivent être aussi vétérinaire. C'est pourquoi dans leur cursus ils ont un grand volet en santé animale. Le Dr Doumbia, directeur de la SPANA avec qui j'ai passé ma deuxième semaine, y dispense les cours de chirurgie et d'aviaire.
En pratique, la grande majorité des pharmacies et des cliniques vétérinaires sont tenues par ces ingénieurs zootechniciens et par les ingénieurs d'élevage.
Il y a eu pendant longtemps au niveau des lois, une confusion entre docteur vétérinaire et ingénieur vétérinaire. D'ailleurs, l'ordre de la profession vétérinaire du Mali compte les docteurs vétérinaires et les ingénieurs d'élevage.
La sélection des candidats pour le cycle ingénieur se fait de trois manières :
L’accès se fait par concours direct ou par concours professionnel pour les nationaux et par examen du dossier pour les étrangers.
Le concours direct est ouvert aux titulaires du Diplôme d’Etudes Universitaires Générales DEUG B (Sciences Biologiques et Chimie Biologie) de l’Université de Bamako ou de tout autre diplôme reconnu équivalent à l’année en cours. Les candidats doivent être âgés de 35 ans au plus.
Le concours professionnel est ouvert aux nationaux titulaires d’un diplôme universitaire de technicien Supérieur (DUTS) ou de tout autre diplôme reconnu équivalent dans le domaine de l’agriculture, de l’élevage des eaux et forêts et du génie rural.
Les frais d’inscription pour la formation sont de 300 000 (trois cent mille) francs CFA par an pour les non maliens (environ 458 euros) ; . 5 000 francs CFA par an pour les bacheliers réguliers maliens pour le cycle DUTS (environ 8 euros); . 50 000 francs CFA par an pour les professionnels maliens (environ 76 euros).
L'annexe comprend une clinique vétérinaire, qui permet aux étudiants d'avoir un peu de pratique en santé animale. Il y a une partie pour les petits animaux de compagnie :
Une partie pour les animaux de productions :
et tout ce qui est nécessaire à la formation des étudiants : salle de classe (ex parasitologie), bibliothèque, salle informatique...
Autrefois, il y avait beaucoup de consultations qui venaient à l'école, et les étudiants étaient en clinique tous les matins de 8h à 10h. Aujourd'hui, avec la naissance des cliniques vétérinaires privées, plus proches des habitants, on attend le client.
En animaux de production, il y a environ 10 cas par mois. En petits animaux, pour le mois de Janvier, il y a eu 19 vaccinations, 3 consultations et 12 observations de chiens mordeurs, pour la rage.
Ces deux jours ont été très intéressants, et j'ai été bien accueillie. Merci à toute l'équipe.
Il existe un projet de création d'une école vétérinaire au Mali, à Ségou.
Deuxième semaine à Bamako : l'association Spana
Cette semaine, j'ai travaillée avec l'ONG britannique SPANA (Society for the Protection of Animals Abroad). Cette association est présente au Mali depuis 1996. Son directeur, le docteur Amadou Doumbia a gentiment accepté de me recevoir en stage.
SPANA a pour principale préoccupation la protection des animaux de trait et de compagnie. Pour concrétiser son engagement dans ce sens, SPANA a d'abord mis en place un programme de soins vétérinaires gratuits en faveur des ânes des GIE impliqués dans le ramassage des ordures ménagères de la ville de Bamako. Ces ânes tirent des charrettes pleines de déchets (pouvant parfois peser jusqu'à une tonne), et vont de maisons en maisons avant d'aller à la décharge, où un camion poubelle récupère leur charge.
Avant, l'espérance de vie de ces ânes ne dépassait pas 1 ans (souvent entre 3 mois et 6 mois). Ils étaient épuisés au travail, souffraient de nombreuses plaies (dûes à la charrette, aux bastonnades par leur propriétaire, ou aux morsures entre ânes). Ils étaient insuffisamment nourris et souvent maltraités.
Ci dessous exemple de plaie de bastonnades, et deux exemples de plaies dûes à la charrette (mal de garrot et plaies au niveau du poitrail)
Pour dispenser les soins vétérinaires gratuits à ces ânes, Spana va de dépôt d'ordures en dépôt d'ordures, et de GIE en GIE à la rencontre de ses ânes au travail. Ils sont soignés : les plaies sont lavées, désinfectées, ils peuvent être vaccinés contre le tétanos, déparasités...
S'ils souffrent de quelque chose de plus grave, ils seront hospitalisés à la Spana, pour recevoir des soins quotidiens, de la nourriture et avoir du repos. L'espérance de vie des ânes des GIE atteint aujourd'hui 5-6 ans.
Ci dessous : repas des ânes hospitalisés à Spana, examen et traitements des ânes hospitalisés :
Mais le travail de Spana ne s'arrête pas aux soins gratuits pour ces ânes. Elle essaye d'éduquer les propriétaires de ces ânes, pour le faire prendre conscience de l'importance de bien les traiter s'ils veulent qu'ils soient efficaces au travail, et qu'ils vivent plus longtemps.
Spana produit aussi des harnais adaptés pour ces ânes (permettant ainsi de limiter les plaies de harnachement). Les dépôts d'ordures de Bamako abritent un grand nombre de personnes qui trient les détritus cherchant ainsi à les revendre. Spana leur a proposé de fabriquer des harnais et des tapis de selle adaptés aux ânes de charrette. De cette façon, Spana distribue gratuitement de nombreux équipements visant à la protection des ânes, tout en aidant les familles les plus démunies.
Spana vérifie régulièrement le matériel : l'état des tapis, des harnais... et vérifie l'efficacité du matériel qu'elle fournit dans la prévention des plaies de harnachement.
Les ânes des GIE ne sont pas les seuls à bénéficier de soins par la Spana. Tout âne ou cheval appartenant à une famille démunie et nécessitant des traitements vétérinaires sera pris en charge.
Ci dessous : âne qui souffre de tétanos, cheval à terre (déshydraté, très anémié, très maigre...).
Pendant ma semaine avec eux, j'ai aussi eu l'occasion de voir leur centre d'équithérapie qui reçoit trois fois par semaine des enfants handicapés psychomoteurs. Les séances commencent par un peu de kinésithérapie, puis les enfants montent à cheval pendant 10 à 15 minutes. Ce programme a apporté non seulement de l'espoir et de la joie à ces enfants handicapés, mais aussi de grands bénéfices sur le plan de la santé.
Ci dessous, séance de kiné puis équitation :
Enfin, et pour finir, Spana assure également la formation d'auxiliaires d'élevage dans la région de Tombouctou et dans différentes villes au nord du Mali. Cela permet d'assurer des soins non seulement aux équidés mais aussi aux chameaux, dans des régions où il n'y a pas forcément de vétérinaire.
Cette semaine a été très intéressante, et très pratique. Je remercie chaleureusement le Dr Doumbia et son équipe pour leur très bon accueil et tout le temps qu'ils m'ont accordé. Ils font un très beau travail et sont vraiment dévoués. Merci !
Arrivée à Bamako, au Mali
Je suis arrivée lundi soir à Bamako, au Mali. Après une négociation d'une heure à l'aéroport pour que je puisse passer la douane, avec ma seule copie de la demande de visa (l'original était resté chez mon maitre de stage Abdrahamane Coulibaly), on me laisse entrer au Mali.
J'arrive à l'hôtel de la croix rouge, pour mes deux premières nuits. La chambre est à 20 euros la nuit, et j'ai des copains dans la douche....
Du coup, après ces deux nuits je m'installe chez mon maître de stage, contre une compensation financière.
Voilà donc ma chambre :
Voici la salle de bain :
Je m'y douche avec le seau car le tuyau fuit, et à l'eau froide. Mais avec les 38°C ambiants, la douche froide est plutôt appréciée !! J'y fais aussi ma lessive : je me transforme en vrai petit scout ;-)
Sinon voici le salon et le coin repas :
Et voici les enfants de la famille : Baba 3 ans, et Kadi 6 ans.
Ma première semaine a été assez calme.
Coulibaly m'a amené dans différentes structures pour me présenter à des vétérinaires, et m'organiser mon mois ici. Il veut que je vois un maximum de choses pour que je me fasse une bonne idée de ce qu'est la pratique vétérinaire au Mali et que j'ai des éléments pour ma thèse.
J'ai passé jeudi et vendredi à l'annexe de l'institut polytechnique rural de Katibougou. Ils y forment des techniciens d'élevage et des ingénieurs en zootechnie avec un volet important en santé animale. Ces derniers jouent plus ou moins le même rôle que les docteurs vétérinaires qui se sont formés à l'étranger. En effet, le Mali ne compte pas pour le moment d'école vétérinaire. Je vous en parlerai prochainement, dans un autre article.
Le weekend aussi a été calme. Nous sommes allés le dimanche manger chez la grande famille, les parents d'Abdrahamane Coulibaly, à 12 km de Bamako.
Une femme me parlait en Bambara. Je ne comprenais pas grand chose. Elle a dansé et chanté, et a voulu que je la prenne en photo et la mette dans mon ordinateur. Voici donc son portrait
La semaine prochaine je vais normalement travailler avec le Dr Doumbia Amadou qui travaille dans l'association « Spana » qui soigne les ânes et chevaux. Il s'est en parti formé à l'ENVL. Cette semaine devrait être plus pratique.
La distribution des médicaments vétérinaires en Finlande
Orion est une compagnie pharmaceutique finlandaise, qui a une part très importante du marché du médicament en Finlande que cela soit en humaine ou en vétérinaire. Elle développe, produit et vend des médicaments, des principes actifs et des tests diagnostiques pour le marché mondial. En santé animale, c'est Orion qui a la première position du marché, dans les pays nordiques. C'est elle qui a développé le domitor et le domosedan. (en santé animale, ventes nettes pour 2008 : 67,2 millions d'euros)
Il y a deux principaux distributeurs pour les médicaments vétérinaires en Finlande : Oriola et Tamro. Oriola est une compagnie fille d'Orion. C'est Oriola qui distribue les produits d'Orion.
Orion, Oriola et Tamro sont des sociétés placées en bourse. Elles n'appartiennent pas à des vétérinaires. En Finlande, ils ne sont donc pas impliqués dans la distribution des médicaments vétérinaires.
Les laboratoires et producteurs de médicaments étrangers sont pour la plupart distribués par Oriola (ex :Intervet/Schering Plough Animal Health, Pfizer, Merial, Vetscan...).
La loi interdit aux vétérinaires finlandais de faire du profit sur la vente des médicaments. "Les chirurgiens vétérinaires ne peuvent pas facturer plus pour les médicaments qu'ils fournissent que ce qu'ils ont payé eux même à la pharmacie ou au distributeur". (Actes et décrets sur les médicaments 395/1987). D'après la loi, ils devraient donc vendre les médicaments exactement au prix d'achat. En pratique, une marge de maximum 10% est tolérée, et sert à payer les frais du vétérinaires (frais de transport, médicaments périmés..). Les pharmaciens auraient fait pression sur le gouvernement pour que cette loi soit votée. C'est un système très "amical" pour le client.
Cela constitue une grande différence par rapport à ce qui se passe dans les autres pays que j'ai pu visiter, où la vente de médicaments représente parfois jusqu'à 30% du chiffre d'affaire du vétérinaire. Les vétérinaires finlandais que j'ai interviewés ne sont pas très contents de cette loi. Tout ce qu'il y a autour de la délivrance de médicaments leur prend du temps et de l'argent (stockage, main d'oeuvre, médicaments qui se périment...).
Financièrement, leurs revenus sont cependant semblables à ce que l'on peut trouver en France (exemple pour des vétérinaires employés, salaires mensuels compris entre 3200 euros et 4000 euros dans les cliniques vues).
Cette loi interdit aussi la vente de tout narcotique par les vétérinaires. Avant, ils pouvaient délivrer du phénobarbital ou du diazépam. Ils délivraient alors aux clients la quantité strictement nécessaire au traitement de leur animal.
Aujourd'hui, ils prescrivent ces produits, et les clients se fournissent auprès des pharmacies (qui ne déconditionnent pas les médicaments.)
Les vétérinaires doivent avoir examiné l'animal pour lui prescrire des médicaments.
Ils doivent fournir aux clients une prescription expliquant l'utilisation des médicaments délivrés (durée du traitement, quantités...), et garder une trace de tous les médicaments qui ont été vendus (quelle quantité, à quelle dose, à quel patient...). En pratique, ces données sont rentrées dans les dossiers des patients. Les cliniques vétérinaires sont contrôlées par le gouvernement, qui s'assure que les données sont conservées, et que le vétérinaire a fourni des instructions complètes à son client.
En rurale, les éleveurs et les vétérinaires signent en général un accord de plan de santé. Pour les fermes bovines, le vétérinaire doit y faire une visite tous les 3 mois, pour les fermes porcines tous les 2 mois. Pendant ces visites (payantes), le vétérinaire regarde l'état général des animaux, vérifie que l'éleveur conserve correctement ses médicaments et qu'il garde bien une trace de tout ce qu'il utilise. Dans ce cadre, le vétérinaire a le droit de laisser des vaccins à l'éleveur, s'il s'agit de vaccins inactivés uniquement. Il peut aussi laisser les médicaments nécessaires, mais pour une durée maximale de 2 mois. Il n'a pas le droit de laisser de traitement hormonal à l'éleveur (sauf le regumate par voie orale, en porcine), et en théorie ne peut laisser de médicaments injectables que pour les animaux qu'il a examinés.
Organisation de la profession vétérinaire en Finlande
La Finlande compte un peu plus de 2000 vétérinaires. La profession y est organisée de façon très différente de ce que l'on connait en France. Un tiers des vétérinaire seulement travaillent dans des cliniques privées, principalement en petits animaux de compagnie, ou en équine. 1/3 des vétérinaires sont des vétérinaires communaux employés par une commune : la ville leur paye une partie fixe de leur salaire, leur fournit les locaux, paye leur retraite et prend entière responsabilité de leurs actes. Ces vétérinaires font en général de tout, avec une dominante animaux de production. Ils réalisent aussi des missions gouvernementales, en hygiène des aliments et en bien-être animal. Un certain pourcentage de vétérinaires sont employés par le gouvernement : ils travaillent pour l'agence nationale pour l'hygiène des aliments et la médecine vétérinaire, pour la Faculté de médecine vétérinaire d'Helsinki, et pour le ministère de l'agriculture et de la forêt.
La profession est à 60% féminine, et en 2009, 92 % des étudiants de la Faculté de médecine vétérinaire sont des filles.
J'ai travaillé pendant 2 journées avec la vétérinaire Maija Pentiila, de la commune de Mynämäki. Je vais vous décrire son travail d'employée communale pour que vous puissiez vous faire une idée plus claire.
Maija doit travailler du lundi au vendredi, de 8h à 16h. Elle doit assurer les gardes 1 WE sur 5 et 1 soir sur 5 (elle les partage avec 4 vétérinaires communaux de la région.).
Sa clientèle est partagée : 50% en petits animaux, 50% en animaux de production. En animaux de production, la moitié de ses fermes sont des fermes porcines, l'autre moitié des fermes laitières. Elle fait aussi un peu d'aviaire, et un tout petit peu de chevaux (elle essaye de référer en général).
Les locaux dans lesquels elle exerce appartiennent à la commune, qui les met gratuitement à sa disposition. Ils sont d'ailleurs en train de construire de nouveaux locaux, pour qu'elle puisse y exercer avec le vétérinaire communal de la commune voisine.
Voici les locaux dans lesquelles elle exerce :
La clinique comprend deux pièces principales : le bureau, où Maija reçoit les clients, répond au téléphone... et une salle de consultation/traitement/chirurgie.
Les locaux mis à disposition par les communes sont toujours assez simples. Ils n'y a pas d'appareil de radiographies. Les vétérinaires communaux sont donc des généralistes, qui réalisent des actes de base. Si un cas est plus compliqué et nécessite une radiographie, ou une échographie, ils réfèrent.
Maija travaille seule, sans ASV. Le matin, de 8h à 10h elle se partage entre les consultations en petits animaux de compagnie, les éventuelles chirurgies de convenance et le téléphone. C'est plutôt la course, car le téléphone sonne sans arrêt. Elle part ensuite en visite sur des fermes laitières ou porcines.
Ces dernières fournissent la plupart du temps des bottes et des cottes, disponibles à l'entrée pour le vétérinaire, pour éviter la propagation de maladies entre les élevages.
En porcine, il s'agit surtout d'une activité de conseil. Elle visite l'élevage, s'assure que l'éleveur n'a pas de problème, et donne des conseils de traitement si besoin.
En laitière, elle fait surtout des suivis de reproduction, des traitements de mammite et des pieds.
Il n'y a plus de grandes maladies contagieuses en bovine en Finlande.
En milieu d'après midi, elle retourne à la clinique pour quelques consultations en petits animaux.
Elle a beaucoup de travail administratif. Un vétérinaire communal doit rendre compte de tout ce qu'il fait.
Les tarifs du vétérinaire communal, que cela soit en petits animaux ou en animaux de production sont fixés dans une fourchette par le gouvernement.
Ce système de vétérinaire communal est assez original. Cela permet d'assurer un service vétérinaire partout en Finlande, qui est un grand pays avec peu d'habitants, et avec des endroits peu attractifs (nord et est du pays, très froid en hiver)
L'enseignement vétérinaire en Finlande bis
Le centre pour animaux de production de la faculté vétérinaire d'Helsinki est à Mäntsälä, à 45 minutes d'Helsinki. J'y ai passé une journée, ai pu participer aux cas de la journée, et poser des questions.
Les étudiants dans leur rotation "animaux de production" arrivent vers 8h30 le matin. Ils sont en général 16 étudiants. On vérifie leur présence, puis ils vont faire les examens et les soins sur les animaux hospitalisés :
Des bottes et des blouses sont disponibles pour les étudiants, qui doivent obligatoirement les porter pour aller dans les hôpitaux :
Dans les hôpitaux, il y a des boxes pour bovins, pour chevaux, pour petits ruminants et pour porcs.
Après les examens cliniques, les étudiants remplissent les dossiers informatiques des patients et une ronde debout devant chaque animal résume le cas, les traitements, le plan pour la journée...
Ils ont une salle informatique bien équipée :
Vers 9h30, les professeurs présentent tout ce qu'il y a à faire dans la journée : les différentes visites (en général plusieurs tournées partent en même temps), les opérations à la clinique... et les étudiants se répartissent en fonction de ce qu'ils souhaitent voir et faire.
Les chirurgies sont réalisées par les étudiants, sous la surveillance, les conseils et l'assistance des professeurs. Ici deux étudiantes opèrent une vache d'un déplacement de caillette. La professeure vérifie que cela se passe bien.
Pour les tournées, les étudiants préparent tout le matériel nécessaire :
Ils prennent une mallette de traitement, qui contient tous les médicaments et le matériel de base nécessaires, et prennent le matériel spécifique au cas de la journée :
Nous sommes partis en tournée sur trois fermes : une vache à mammite à coli dans la première, une vache qui venait de vêler qui était à terre dans la deuxième, et un sabot à tailler dans la dernière.
La température était de -20°C. Il faut bien s'équiper contre le froid. Ils ont des cottes qui ressemblent plus à des combinaisons de ski. Me voici habillée devant la voiture (si, si je vous assure, c'est bien moi...) :
Nous avons fait le sabot dehors. Le travail a gelé plusieurs fois pendant l'heure qu'on y a passé. Il fallait utiliser un sèche cheveux pour pouvoir l'ouvrir :
C'était assez extrême. Comme l'a dit Johanna, cela fait parti des inconvénients à être vétérinaire rurale en Finlande en hiver....
Pendant les tournées, les professeurs laissent faire beaucoup les étudiants, et les sollicitent (Examen clinique ? Diagnostique différentiel ? Traitement proposé ?...). Dans la voiture on rediscute des cas.
Quand ils rentrent de tournées, les étudiants ont la responsabilité de ranger le matériel et de compléter les mallettes, en rajoutant ce qui a été utilisé.
La clinique possède une dizaine d'échographes, et les étudiants ont des TP sur les vaches, les chevaux et les porcs où ils s'entrainent à manier l'échographe pour les diagnostiques de gestation.
Ci dessous, ces boites permettent aux étudiants de s'entrainer aux vêlages difficiles, où le veau se présente mal. On met un veau mort dans la poche, qui mime l'utérus, et l'étudiant doit le placer correctement en passant sa main dans le trou qui mime le vagin.
Ils font aussi de la récolte de semence sur chevaux, porcs... Il y a un laboratoire pour examiner les semences, ainsi qu'un laboratoire pour les coprologies et autres analyses.
Ci dessous le mannequin utilisé pour la récolte des étalons, et le laboratoire :
Le centre pour animaux de production possède aussi une petite clinique pour animaux de compagnie, avec une salle de consultation, une salle de chirurgie, un appareil à radiographies et un échographe.
Ci dessous la salle de chirurgie, la salle de consultation et une chèvre qui a une patte cassée, dont on fait des radiographies.
Tous les étudiants interrogés sont très enthousiastes sur leur rotation en animaux de production. Ils ont beaucoup de responsabilités ici, et peuvent vraiment faire beaucoup de choses. L'équipe de professeurs (une dizaine) est très pédagogue.
Cette visite était très intéressante.




























































