Pendant ma semaine de libre, j'ai aussi essayé de comprendre la pratique rurale en Nouvelle Zélande. Je me suis arrêtée à Piopio, environ mi chemin entre Auckland et Palmerston North. J'y ai rencontré Richard et Nicky Atkinson et leur équipe, et ils ont eu la gentillesse de me trimbaler chez quelques un de leurs éleveurs, pour que je me fasse une idée.

Richard est le propriétaire de la clinique. Il emploie trois vétérinaires. Tous les vétérinaires font de la mixte : Vaches laitières et allaitantes, moutons, cervidés et petits animaux (chien, chat). Il possède deux cliniques, une a Piopio, la plus importante des deux, et une à Te Kuiti qui est plus tournée vers les petits animaux. Y travaillent également 2 nurses, 4 réceptionnistes et un training manager.

Nicky, sa femme gère tout ce qui est employés et publicité pour la clinique. Voici quelques photos de leur clinique à Piopio :

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Leur travail se divise grossièrement en 1/3 pour les vaches laitières, 1/3 pour les "sheep and beef farms", 1/3 pour les petits animaux et un peu d'équine. Leur clientèle rurale se compose de 6 fermes de cervidés, 32 fermes laitières (30 000 vaches laitières), 220 "sheep and beef farms" (500 000 moutons et 20 000 vaches allaitantes). En petits animaux, il y a plus de consultation chien, avec les chiens de travail et de chasse.

En Nouvelle Zélande, l'élevage est très différent de ce que l'on peut avoir chez nous. Les vaches laitières sont principalement des jerseys, des friesians (équivalent de la prim'holstein mais plus petite et robuste) ou des "kiwi cross" : jersey/friesians. Elles sont petites et assez robuste. Elles restent dehors toute l'année, sont nourries principalement avec l'herbe des pâtures et parcourent de grandes distances. Les éleveurs sont plutôt bons.. Les éleveurs font faire des inséminations artificielle pendant 4 à 6 semaines puis laissent les vaches avec le taureau. Les Inséminations artificielles sont faites par des techniciens (soit de "livestock improvement" qui est tenu par des éleveurs, soit de "ambreed" qui est privée). Les vêlages sont donc saisonniers. Ils débutent entre le 20 Juillet et le 10 aout et s'étalent sur 12 semaines. A cause du caractère saisonnier des vêlages, il n'est pas rentable pour un éleveur de garder une vache qui n'est pas gestante. Il la vendra en général pour la viande. Les vaches donnent entre 12 et 20 L de lait par jour et les éleveurs ne sont pas payés sur la quantité produite mais sur la qualité ( matières grasses et protéines). Les troupeaux sont en général assez importants : entre 250 et 1200 vaches. C'est pourquoi certains éleveurs s'équipent  de "rotary milking shed" ou salle de traite rotative : une plateforme qui tourne en continu, sur laquelle les vaches montent, sont traites puis redescendent. Sur l'exemple suivant 54 vaches peuvent être traites en même temps et cela ne prend plus que 2h30 pour traire 750 vaches. Tout est automatisé, l'homme ne doit plus que mettre les gobelets trayeurs sur les trayons. L'appareil détecte l'arrêt de la descente de lait, et retire automatiquement les gobelets trayeurs.

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C'est un investissement important, que tous les éleveurs ne peuvent pas faire, et on trouve des salles de traite plus conventionnelles :

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Les vaches sont en général vaccinées contre la leptospirose (pour la propre santé de l'éleveur, car c'est une zoonose). Certains éleveurs vaccinent contre les clostridiums et contre le BVD. La leucose et la tuberculose bovine sont pratiquement éradiquées. L'état organise les tests TB.

Les vaches laitières sont assez résitantes aux parasites.

En laitière les vétérinaires voient principalement des suivis de reproduction, des mammites, des boiteries, des carences en cuivre et sélénium...

 

Concernant les moutons et les vaches allaitantes : les deux sont souvent élevés ensemble car ces deux espèces sont complémentaires sur une patûre : les moutons sont moins difficiles que les vaches, et sont parfaits pour grimper sur les collines et les pentes, sans détruire le terrain.

Pour les bovins allaitants, le problème parasitaire est plus important qu'en laitière, avec des résistances aux produits antiparasitaires pour certains. Les trois principaux parasites internes rencontrés sont : Trichostrongylus, Cooperia et Ostertagia. Cooperia est le parasite le moins pathogène, mais celui qui présente le plus de résistances.

Le travail des vétérinaires en vache allaitante consiste surtout à faire les  diagnostics de gestations, et le déparasitage...

En mouton, il n'y a pas de médecine individuelle, c'est de la médecine de troupeau. Ils réalisent des prises de sang pour la brucellose sur les mâles, et palpent les testicules à la recherche d'épidymite.

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Les éleveurs en mouton font principalement leurs revenus grâce à la viande, car le prix de la laine a beaucoup diminué. Ci dessous la tonte d'agneaux : 4 personnes tondent en même temps. La tonte dure environ 3 minutes par agneau, et l'agneau est ensuite envoyé sous l'étable par une sorte de trape. C'est assez impressionnant.

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En Nouvelle Zélande, il y a aussi les "deer farms". Les cerfs ne sont pas des animaux faciles à manipuler : ils peuvent mordre, se cabrer et donner des coups de pieds avec leurs membres antérieurs, ou encore donner des coups avec leurs membres postérieurs. Les vétérinaires vont parfois vacciner les cerfs contre la leptospirose et contre clostridium. Ils font les tests tuberculose et peuvent faire les écornages. Si ce sont les éleveurs qui font l'écornage, le vétérinaire doit faire une visite annuelle pour s'assurer des bonnes pratiques et du respect du bien être animal. Les fermes de cervidés ont deux marchés : la viande, qu'ils exportent en Allemagne, et les bois de velours qu'ils exportent en chine, et dans d'autres pays orientaux. Ce dernier est incertain car les prix varient beaucoup. En ce moment, 1 kg de bois de velours vaut 100 NZD. Certaines fermes vendent aussi des cerfs plus âgés qui ont de beaux bois, à des chasseurs, pour la chasse.

Le bois de velours provient des panaches du cerf. Il tire son nom de la substance veloutée qui recouvre les bois au début de leur croissance. Contrairement aux cornes des bovidés, les bois du cerf repoussent chaque année, et on les « récolte » sur les animaux avant qu’ils ne se calcifient. La matière recueillie est donc principalement constituée de cartilage. Ces bois sont ensuite séchés, idéalement dans des conditions contrôlées pour préserver les ingrédients actifs, puis réduits en poudre. Ils sont utilisés dans la médecine chinoise traditionnelle, et auraient de nombreuses propriétés.

Ci dessous des cerfs, et un éleveur qui coupe le bois de velours. Le cerf a été anesthésié localement et tranquilisé pour ne pas souffrir.

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La rurale en Nouvelle Zélande présente donc pas mal de différences avec ce que l'on peut avoir en France. Cela a été très intéressants.